Les dragons et le Canadien de Montréal : 2 sports qui se ressemblent

Je sais, je sais, mon texte sur la semaine des dragons est 24 heures en retard.  C’est que, voyez vous, certaines de ces nouvelles vedettes pop du lundi soir me tiennent occupé en coulisse, sur un autre dossier dont je pourrai probablement vous parler d’ici la fin de la semaine (j’ai très hâte d’ailleurs).

Après 5 semaines, les cotes d’écoute nous révèlent que les dragons ont remplacé le hockey du Canadien dans le cœur de plusieurs téléspectateurs.  Et c’est loin d’être un hasard, car nos glorieux et les dragons ont plusieurs points communs, ce qui fut particulièrement frappant cette semaine.  Pas convaincu ?  Suivez-moi.

Des candidats prennent les dragons pour Bob Gainey

Il y a plusieurs années déjà, Glen Sather, directeur général des Rangers de New-York, a littéralement pris son homologue du Canadien de Montréal pour un imbécile en lui offrant un joueur du passé contre un joueur d’avenir.  Et à sa grande surprise, Gainey mordit à l’hameçon.  Résultat : Scott Gomez s’est amené à Montréal et le prometteur Ryan McDonnah a pris la direction de New-York.

Lundi soir, 20 h, à la SRC, plusieurs candidats se sont pris pour Glen Sather.  Ils ont appris à leur dépend que les dragons n’ont rien à voir avec Bob Gainey (ou Pierre Gauthier qui ne valait guère mieux).

-       Mathieu Landry-Girouard et Christopher Lavigne, deux jeunes entrepreneurs de Québec, ont tenté de soutirer 30 000,00 $ aux dragons pour une vodka qui n’existe pas encore.  Réponse du dragon Frigon : « J’ai présidé la SAQ et tu rêves en couleurs ».

-       Normand Fullum, concepteur de télescopes haut de gamme plusieurs fois décoré, réclame 200 000,00 $ en échange du tiers d’une entreprise qui n’existe encore que dans sa tête : L’Univers en Vacances.  En résumé, cela consiste à implanter des observatoires d’étoiles dans les clubs vacances tout inclus.  Qui voudra ressortir 30,00 $ de sa poche pour mettre son œil dans une lunette super puissante alors qu’il a déjà accès à une panoplie d’activités gratuites ?  « Vos télescopes sont très beaux, mais je ne crois pas du tout au concept que vous nous proposez » lui a lancé le dragon Lambert.

-       Pierre Lacroix, de Montréal, se présente devant les dragons avec un produit très original.  Une pelle traîneau qui se convertit en brouette et en remorque à vélo.  Il leur demande 100 000,00 $ contre 20%.  Mais attendez, pas 20% de l’entreprise, mais 20% d’une redevance de 1,00 $ par unité vendue.    Dragon Lambert : « L’offre est ridicule, c’est presque insultant ».  Quintuple mises en échec pour cet inventeur qui faisait vraiment pitié au terme de sa prestation.  Bienvenue dans la ligue nationale des entrepreneurs monsieur Lacroix.

Les sœurs Pelletier : deux recrues en vitrine

Vous avez déjà vu de jeunes joueurs prometteurs qui démontrent de belles qualités lors du camp d’entraînement en septembre?  Ils ont beaucoup trop de cœur pour être laissés de côté, mais l’équipe ne peut tout simplement pas leur faire de place, car ils ont un surplus de joueurs à cette position.  Pour eux, leur présence lors des matchs hors concours ne permettra pas de décrocher un contrat avec leur formation de départ, mais représentera néanmoins une belle occasion de se faire voir par une autre équipe qui cherche à se rajeunir.

C’est ce qui se produira avec Christyna et Martine Pelletier, propriétaires de Soupçons Cochons.  Un resto de soupes, de sandwichs et de boîtes à lunch pour le milieu corporatif entre autres.  Elles n’ont pas réinventé la roue, il faut le dire, mais leurs personnalités leur permettra de décrocher une offre ailleurs, j’en suis persuadé.  Deux choses intéressantes à retenir en ce qui concerne leur présentation.

1. Les gens d’affaires passionnés savent reconnaître les jeunes entrepreneurs d’avenir.  Et même s’ils choisissent de ne pas investir, cela ne signifie pas qu’ils ne tenteront pas d’user de leurs contacts pour leur donner un coup de main.

Dragon Legault : Vous avez fait des sacrifices pour partir ça ?

Sœurs Pelletier : Ben oui, j’ai quitté mon emploi.  On s’est lancé les deux pieds dans le vide.

Dragon Frigon : Ho !

Un entrepreneur qui se garde toujours une porte de sortie n’est pas un entrepreneur.  C’est un salarié qui ne fait que rêver et qui n’accumulera que de petits succès avec son produit ou service.  Poursuivons avec les commentaires de nos dragons sur nos 2 jeunes recrues.

Dragonne Henkel : Moi, aujourd’hui, en tant qu’investisseur, je dois malheureusement vous dire à mon grand regret… Parce que je vois en vous ces yeux qui brillent, ça pétille, les papillons, mais je dois passer (même un refus peut faire du bien).

Dragon Lambert : Dans la restauration, je ne m’y connais pas.  Vos plats sont excellents, mais comme investisseur, je dois passer (une fois que ces deux jeunes entrepreneurs eurent quitté le plateau, François Lambert se proposait d’ouvrir les portes de son entreprise aux boîtes à lunch de Soupçons Cochons en tant que client).

Dragon Frigon : Moi je passe, mais je vous souhaite beaucoup de succès, parce que c’est vraiment très bon.  Ne lâchez pas.

Dragon Vachon : C’est difficile de dire non à des entrepreneurs qui ont le grand sourire, qui veulent réussir, qui ont des rêves.  Je n’ai pas beaucoup de contacts dans le domaine de la restauration.  Je ne pourrais pas ajouter de valeur à votre entreprise.  À cause de ça, je passe.

2. La façon avec laquelle les sœurs Pelletier ont encaissé ces refus. « Je pense qu’ils nous ont « boosté » même s’il n’ont pas embarqué.  Ces commentaires, venant de ces personnes pleines d’expérience, ça nous a donné du pep ».

Génial !  Si j’étais un restaurateur d’expérience de leur secteur géographique en manque de relève (et dieu sait à quel point il y en a), je sauterais sur le téléphone et je m’achèterais de la jeunesse.

Gérald Lapierre : Le vétéran joueur autonome 

Prenez un personnage ingénieux et coloré des Îles-de-la-Madeleine, fracturez lui un pied à 4 endroits et il se servira de cette épreuve pour concevoir une marchette facilitant la guérison.  Le Walk N Roll est né.  Son concepteur : Gérald Lapierre, qui a compris que derrière chaque difficulté se cache une grande opportunité.  Un produit bien fait, conçu par un inventeur attachant.  Il n’en fallait pas plus pour que la Dragonne Henkel (appuyée par le Normand Legault) dépose une offre.  Proposition poliment déclinée par monsieur Lapierre.  Avec raison d’ailleurs.   Sur le marché des joueurs autonomes, une autre équipe lui proposera facilement mieux.  Avant de le laisser partir, le dragon Frigon, souvent dur avec les candidats, aura un bon mot pour lui : « En passant, avec la publicité que vous allez avoir sur votre produit, possiblement qu’il y a une chaîne de pharmacie qui va vous appeler.  Bonne chance ».  Gérald Lapierre illustre bien qu’il est possible de refuser une offre des dragons en conservant leur respect.  Madame Henkel n’aime pas plus se faire dire non qu’elle aime se faire négocier.  Mais cette fois, cela a bien passé parce que ce fut bien expliqué par cet honnête homme.

La mauvaise transaction

Paul Azar est courtier immobilier à temps plein et concepteur de la tuque mitaine à temps partiel.  Mais il est beaucoup plus que ça.

-       C’est un gars charismatique

-       C’est un vendeur né

-       C’est un gars enthousiaste

-       C’est un gars d’actions, mais dans son cas, l’histoire nous démontrera qu’il ne prend pas assez de temps pour réfléchir

-       C’est un bon gars.  Je dirais même plus bonasse, qui n’est pas tout à fait conscient de sa vraie valeur.  Et je ne parle pas d’argent.

Sa demande : 25 000,00 $ pour 25% des parts de l’entreprise.  Jusqu’à présent, il a investi environ 19 000,00 $, incluant une première commande de 10 000,00 $ qu’il a vendue (environ 2000 tuques).

Sa tuque mitaine, qui peut également servir de bas, est un produit très prometteur.  Dragon Legault : « Je regarde tes produits.  C’est intéressant, c’est un beau flash, tu l’as présenté d’une manière géniale.  T’as des talents d’humoriste, de stand up comique ».

La dragonne Henkel aime bien cet entrepreneur (vous voulez plaire à une femme, faites la rire), mais elle décline, non sans pousser un peu dans le dos du dragon Lambert : « Tu y vas François, tu fais le saut ?  Ça l’air d’un bon gars, d’un bon produit. »

François Lambert dépose alors une offre surprenante.  « Je t’offre 25 000,00 $ pour 25%.  Si, au bout de 3 mois, tu dois aller travailler, cet argent là doit m’être remis.  J’aime ton packaging, j’aime ta personne, mais il y a trop d’inconnus qu’il faut que j’aille découvrir.  Pis faut que je me protège là-dessus. »

Un entrepreneur qui ne travaille pas à temps plein pour commercialiser son produit n’est pas un entrepreneur.  Dans le même ordre d’idées, un investissement muni d’un élastique (« cet argent là doit m’être remis si tu dois retourner travailler au bout de 3 mois ») n’est pas un investissement, mais bien une marge de crédit.  À la différence que dans le présent cas, la marge de crédit devient un investissement après une « probation » de trois mois.

À ce stade de la négociation, j’avais un sourire en coin en me disant que le dragon Lambert voulait servir une petite leçon d’entrepreneuriat à notre homme.  Puis, le dragon Vachon est entré dans la danse en demandant une minute de 8 clos dans le conteneur à monsieur Azar.  Pourquoi ne pas essayer de lui offrir un Scott Gomez contre Ryan McDonnah ? (même ceux qui ne suivent pas le hockey vont comprendre).  De retour devant les dragons, monsieur Azar reçoit une nouvelle offre.

Dragon Lambert : « Dany et moi on s’est parlé.  T’as 25 000,00 $ pour 50% de la compagnie.  T’as deux dragons qui vont travailler avec toi.  On a besoin de la garantie que dans trois mois, si t’es obligé de retourner à ton emploi, que notre 25 000,00 il est récupéré. »

Vachon : « C’est un deal qui va te mettre au monde ça. »

Lambert : « Tu voulais un réseau de contacts, tu voulais le plus de dragons possibles. »

Paul Azar : « Sérieux, je suis super content.  De savoir que j’ai vous 2 là-dedans. »

Et le marché fut conclu.  J’étais complètement éberlué.  Comment un homme d’affaires avec autant de potentiel peut-il céder, pour le même montant, le double des actions qu’il voulait troquer au départ ?  Et non pas contre un investissement, mais bien pour une marge de crédit de 3 mois pouvant possiblement se convertir en investissement par la suite.  Je n’étais de toute évidence pas le seul à grincer des dents :

Dragon Frigon : « Jamais j’aurais accepté votre offre. »

Dragonne Henkel : « Jamais de la vie »

Réponse du dragon Vachon : « On est là pour faire de la business.  Moi j’suis là pour faire de l’argent »

Je comprends très bien que la raison d’être d’une entreprise, c’est de faire de l’argent.  Mais encore faut-il que ça repose sur des fondations solides, sur un partenariat gagnant / gagnant.

Je ne sais pas comment va se terminer cette aventure, mais ma première impression est que l’or va se transformer en plomb.  Je souhaite aux 3 partenaires tout le succès possible, mais j’ai appris durement qu’investir dans une entreprise uniquement par opportunisme financier, ça tourne rarement bien.

Monsieur Azar aurait dû se rappeler les sages paroles de Serge Savard, l’un des meilleurs directeurs généraux de l’histoire du Canadien : « Les meilleures transactions sont parfois celles qu’on ne fait pas ».

Demain, je vous reviens avec un article consacré à un jeune entrepreneur de 21 ans de Sherbrooke : Alex Gagnon-Sckoropad.  VOILÀ LE TYPE DE RELÈVE DONT LE QUÉBEC A BESOIN.


Fatal error: Call to undefined function dd_fblike_generate() in /home2/imnet/public_html/communication-jean-malo.com/wp-content/themes/Maximus/comments.php on line 28