23 juin 2011. Un rayon de soleil vient de sortir de la salle de cours de Communication Jean Malo, laissant sur son passage une traînée d’ondes positives. Stella est originaire de Colombie. Elle habite Sherbrooke avec son mari depuis 4 ans. C’est ici qu’elle a eu sa fille (Mariana, 4 ans) et son fiston (Mathieu, 2 ans et demi). Elle ne connaissait pas du tout notre langue à son arrivée. Maintenant, elle entretient des conversations dans un français d’une qualité que plusieurs québécois de souche ont perdu il y a bien longtemps. Nous avons conversé pendant une heure. Par le biais du programme Québec Pluriel, le Carrefour jeunesse emploi de Sherbrooke m’a demandé de lui servir de mentor. Je voulais donc savoir à qui j’avais affaire. Stella m’a parlé du climat épouvantable sévissant dans son pays d’origine, ce qui l’a incitée à chercher une terre d’accueil plus pacifique. Elle a effleuré les difficultés causées au départ par le statut de réfugiée, la lourdeur administrative qui ralentit sans aucun doute l’intégration des nouveaux arrivants. Elle a brièvement mentionné les problèmes cardiaques de son deuxième enfant, ce qui l’a forcée à se rendre accoucher à l’hôpital Sainte-Justine de Montréal alors qu’elle ne maîtrisait pas encore très bien le français. Toutes ces informations, elle me les a livrées au cours des cinq premières minutes de notre rencontre, sans jamais perdre le sourire. Les 55 autres minutes, elle les a employées à me parler d’avenir, de ce qu’elle voulait apporter à un futur employeur. Elle m’a parlé de ses passions, de ses projets, de ses rêves. Elle a également remercié la vie à plusieurs reprises pour les bonnes personnes que celle-ci mettait sur son chemin, pour les services auxquels elle et sa famille ont droit. Elle m’a mentionné plusieurs fois qu’elle allait remettre tout ça à la vie en aidant les autres. Lorsque je lui ai demandé à tout hasard si elle avait déjà envisagé se lancer en affaire, elle a littéralement explosé d’enthousiasme.
Deux jours plus tôt, je terminais une session de cours en communication orale avec, à ma gauche, une étudiante originaire du Maroc. Nadia est également une sherbrookoise depuis quelques années. Au Maroc, elle occupait un poste important pour une compagnie aérienne. Une fois arrivée au Québec, elle dut refaire en entier le BACC qu’elle avait décroché dans son pays, mais qui n’était pas reconnu ici. Elle s’est donc livrée à cet exercice ridicule sans rechigner, ce qui lui a permis ensuite de décrocher un poste de cadre chez Bombardier. Elle a également acquis un premier immeuble à revenu. Et croyez-moi, pour l’avoir côtoyée pendant 4 semaines, ce n’est pas le centième de ses ambitions.
La semaine dernière, dans une activité de la Chambre de Commerce de Fleurimont, j’ai eu le privilège d’écouter de personne à personne l’histoire passionnante des propriétaires de la pharmacie Uniprix Chemika Mamode, située coin 7e avenue et King Est à Sherbrooke. Quand j’ai demandé à monsieur Rahimaly (originaire du Madagascar) comment il était parvenu à amasser l’argent nécessaire pour l’achat de son commerce, il m’a répondu le plus naturellement du monde qu’il avait cumulé 3, parfois 4 emplois en même temps durant plusieurs mois, voire plusieurs années. 7 jours sur 7. En pourcentage, combien de québécois d’origine oseraient faire la même chose ?
Je ne m’en suis jamais caché, j’aime beaucoup nos québécois d’adoption. D’ailleurs, je me suis longtemps demandé pourquoi ils m’attiraient autant. J’ai finalement fait le lien avec mon attrait naturel pour les entrepreneurs. Vous savez, ceux que nous avons déjà eus en abondance au Québec, mais qui se font de plus en plus rares aujourd’hui. Ces gens qui ont résolu de prendre leur destinée en main. Ceux qui passent plus de temps à chercher des solutions qu’à brailler sur les épreuves de la vie. Ceux qui acceptent de faire des sacrifices en se disant que ce n’est que temporaire. Bref, ceux qui ont compris que le bonheur n’est pas relié à une convention collective, mais qui se trouve beaucoup plus facilement dans la création de son propre travail, façonné à partir d’une passion qui nous anime, sans compter sur les gens riches ou sur le gouvernement pour l’obtenir.
Parmi ceux qui nous arrivent des 4 coins du monde, plusieurs ont le « réflexe entrepreneurial » très développé, très présent. Mais, mieux encore, ils ont le cœur, la détermination et le sens du sacrifice. Des qualités qui font défaut à tellement de québécois d’origine aujourd’hui. Cela compense largement pour le peu de ressources financières dont ils bénéficient à leur arrivée. Les immigrants arrivent souvent pauvres, c’est vrai. Mais, ne vous trompez pas, ils nous rapporteront beaucoup. Dans 20 ans, nous parlerons d’un Québec inc. multiethnique et ils pourront en être très fiers.
Car pendant que nous rabaissons sans arrêt les québécois qui développent notre économie (en bloquant des projets d’amphithéâtre ou en tentant de syndiquer des dépanneurs), les nouveaux arrivants cherchent plutôt à copier les modèles de réussite qui les entourent. Alors que nous nous achetons du confort à crédit, eux se serrent la ceinture à coup de sacrifices dans le but d’acquérir une bonne entreprise grâce à laquelle ils pourront un jour se payer du confort sans emprunter. Alors que nous faisons la liste des raisons pour lesquelles il est difficile d’être son propre patron, eux plongent dans l’action en posant les gestes qui les conduiront au succès. Pendant que nous vivons grassement en rechignant sur ce que nous n’avons pas, eux vivent de façon beaucoup plus frugale en souriant et en remerciant le ciel pour tout ce qu’ils ont déjà. Beaucoup de québécois de souche font figure de lions de zoo qui sont nourris par une tierce personne avec un minimum d’efforts. Les nouveaux arrivants sont plutôt des lions de jungle qui n’ont pas perdu leur vivacité et qui doivent chasser, car ils sont les seuls responsables de ce qu’ils ont dans l’estomac.
Pour toutes ces raisons, je souhaite une très bonne fête des Québécois à ceux qui viennent d’ailleurs et qui nous font l’honneur de venir développer le Québec inc. ainsi qu’aux québécois d’origine qui font partie du modeste 2,9 % d’entrepreneurs parmi la population de notre belle province (voir le dossier de Jobboom : L’entrepreneuriat québécois en crise) http://carriere.jobboom.com/marche-travail/dossiers-chauds/2011/05/18/18161276-jm.html.
Les québécois que nous devrions être viennent définitivement d’ailleurs
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